Le haut potentiel intellectuel, qu'est-ce que c'est?

Si l'on parlait auparavant de surdouance ou de précocité, le concept de haut potentiel intellectuel est aujourd'hui préféré pour qualifier une personne ayant un QI (Quotient intellectuel) supérieur à 130.

Mais à quoi correspond le QI? Permet-il vraiment de mesurer l'intelligence d'un individu? Et en quoi les personnes dites à (très) haut potentiel sont-elles différentes des autres? Entre idées reçues et réalité, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver...

1- LE QI, C'EST QUOI?

Le Q.I. est l'un des outils des psychologues pour situer l'efficience intellectuelle d'un enfant (rapport âge réel/âge mental) ou d'un adulte (position par rapport à la population). Le chiffre du QI ne doit donc pas être entendu comme un score mais comme un rang censé indiquer où se situe un individu par rapport à une intelligence "normale". 

Plusieurs tests existent pour mesurer ce fameux rang mais en France, "c'est l'échelle de Wechsler (dont il existe 3 tests déclinés: le Wisc, le Wipps et le Wais) qui est la plus utilisée, par plus de 80% des psychologues" comme le souligne Robert Voyazopoulos (psychologue de l'Education nationale) . L'autre test, proposé dans une moindre mesure, est celui de Cattell.

Notez bien qu'il est primordial de préciser à quel type de test correspond le rang obtenu puisque, selon l'échelle de référence, le chiffre du QI sera très différent comme le montre le graphique ci-dessous.

© Alexandra Reynaud pour Les Tribulations d'un Petit Zèbre

© Alexandra Reynaud pour Les Tribulations d'un Petit Zèbre

Cette préférence française pour l'échelle de Wechsler n'est pas partagée outre-Atlantique. Ayez donc à l'esprit que les chiffres incroyables de QI que l'on peut entendre dans les séries et les films américains sont dans la plupart des cas exprimés sur l'échelle de Cattell, et non sur l'échelle de Wechsler Ainsi, qu'il s'agisse de l'étonnant astrophysicien Sheldon Cooper dans The Big Bang Theory, ou du brillant docteur Spencer Reid dans Esprits criminels, aucun des 2 n'a un QI de 187 sur l'échelle de Wechsler (mais plutôt un QI de 154/155, ce qui reste évidemment exceptionnel!).

Comme vous le savez sans doute, de nombreux tests de QI sont proposés et accessibles gratuitement sur Internet. Certaines chaînes de télévision ont même inventé des émissions proposant aux téléspectateurs de mesurer leur QI en direct. Mais ces différents tests ne mesurent en aucune façon l'intelligence. Il est donc essentiel que le travail d'évaluation soit effectué par un psychologue (qui s'attachera notamment à l'état affectif et émotionnel du patient au moment de la passation) pour que le test soit valable.

Notez aussi que le QIT (Quotient Intellectuel Total) n'est qu'un chiffre qui, à lui seul,ne signifie finalement pas grand-chose. En effet, "l'intelligence est un concept flou et fourre-tout" comme l'indique Robert Voyazopoulos, et les outils d'investigation de l'efficience intellectuelle que sont les tests de QI permettent d'obtenir des informations sur une personne, qu'il s'agisse de sa mémoire de travail1, sa perception visuelle et auditive2, sa capacité de traitement de l'information3, de raisonnement, la place du langage dans sa construction4, etc. C'est la prise en compte de chacun de ces indicateurs qui permettra au psychologue d'analyser et de cerner les aptitudes spécifiques du patient pour lui en rendre compte. Le psychologue considérera qu'une personne est HP si son QIT est supérieur à 130 ET si les résultats obtenus dans les divers indicateurs sus-cités sont jugés suffisamment "homogènes" (Il n'est pas rare que des personnes HP cumulent divers troubles de l'apprentissage, ce qui va générer des disparités au niveau des résultats dans les différents indicateurs. Cette hétérogénéité aura pour conséquence de ne pas retenir le QIT alors même qu'il dépasse 130). Ainsi, un chiffre de QIT seul ne veut rien dire !

De plus, il ne faut pas oublier que certains individus possèdent une intelligence originale, sont inventifs, créatifs, ont une pensée divergente, et que le QI classique n'exprime pas ces formes d'intelligence (Cf. "Théorie des intelligences multiples" développée par Howard Gardner et ses contemporains). Ainsi, avoir un QI dans la moyenne n'empêche pas d'exceller dans tel ou tel domaine.

Malgré l'intérêt de cette assertion, c'est une citation apocryphe de Einstein -donc sans authenticité établie-.Il s'agirait en fait d'un extrait de livre religieux: "The Rhythm of Life : Living Every Day with Passion and Purpose", Matthew Kelly, 2004, p. 80.

Malgré l'intérêt de cette assertion, c'est une citation apocryphe de Einstein -donc sans authenticité établie-.Il s'agirait en fait d'un extrait de livre religieux: "The Rhythm of Life : Living Every Day with Passion and Purpose", Matthew Kelly, 2004, p. 80.

A quoi sert donc le test de QI s'il ne rend pas vraiment compte des intelligences multiples dans leur ensemble me direz-vous? Et bien, il permettrait non pas de mettre en lumière une "supériorité intellectuelle" mais plutôt une particularité neurologique, cognitive et émotionnelle importante que l'on nomme "haut potentiel". En ce sens, "avoir un QI élevé, ce n'est (serait?) pas tellement être quantitativement plus intelligent que les autres, mais surtout avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel", souligne Jeanne Siaud-Facchin, auteure de Trop intelligent pour être heureux (éd. Odile Jacob, 2008). Notez que cette théorie du fonctionnement "qualitativement différent" ne fait pas consensus et que, pour certains, le fait d'être surdoué doit plutôt être envisagé comme une facilité à résoudre des problèmes rapidement.

En résumé, les tests de QI permettent de mettre en évidence un haut potentiel intellectuel (QI de 130 et plus), ils fournissent plus qu'un simple chiffre de QI et révèlent chez les personnes HP un fonctionnement cognitif particulier (notamment au niveau des aptitudes de raisonnement, d'abstraction et de mémoire...).
 

2- QUELLES SONT LES PARTICULARITÉS ET LES CARACTÉRISTIQUES DU FONCTIONNEMENT INTELLECTUEL DES PERSONNES A "HAUT POTENTIEL"? 

 

    a) Caractéristiques psychologiques associées.

Bien souvent, un "haut potentiel intellectuel" implique une hyperémotivité: les choses sont ressenties avec beaucoup d'intensité et d'empathie. Pour certains, les larmes montent facilement et rapidement tandis que pour d'autres, les émotions semblent bloquées (ou sont dissimulées derrière des mécanismes défensifs tel qu'une apparente froideur, l'humour, le cynisme -dont l'impétueux docteur House fait allègrement usage-). Jeanne Siaud-Facchin explique cette émotivité exacerbée ainsi : 

" L'amygdale des surdoués, cette petite glande située au milieu du cerveau, qui reçoit les informations sensorielles et les relient à des émotions, est plus vulnérable. Les associations entre sensation et émotions sont donc plus intenses. (...) Le cerveau droit, qui est en quelque sorte le cerveau " émotionnel " est plus actif chez les personnes dites " à haut potentiel " de sorte qu'elles ont tendance à penser d'abord avec leur coeur ".

Jeanne Siaud-Facchin

Les dires de Madame Siaud-Facchin au sujet d'une supposée vulnérabilité de l'amygdale chez les surdoués ont été beaucoup repris dans des articles, livres et émissions. Il apparaît néanmoins relativement difficile de trouver des études scientifiques justifiant cette théorie.

Par ailleurs, l'hypersensibilité est aussi l'une des caractéristiques récurrentes de ce type de fonctionnement (Petitcollin Christel, Je pense trop – comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel Editeur, 2012. La personne dite "surdouée" aura effectivement tendance à dire qu'elle est empathique, très sensible mais aussi très réceptive aux bruits, aux odeurs, aux ambiances, aux atmosphères (hyperesthésie5).

Parmi les autres caractéristiques propres au fonctionnement cognitif et émotionnel des individus à "haut potentiel", on notera une activité mentale permanente et une anxiété parfois élevée -cette dernière pouvant parfois s'accompagner de troubles associés (TOC, phobie simple ou spécifique, phobie sociale, burn out, dépression, addictions...).

Comment se traduisent ces caractéristiques psychologiques sur le plan comportemental de la personne  HPI? C'est ce que nous expliquent Virginie Colas et Véronique Burban, psychologues et membres de l'association Mensa6:

– Il questionne beaucoup et cherche à comprendre. Vous pouvez avoir l’impression qu’il vous teste, alors qu’il cherche juste à comprendre qui vous êtes et comment vous fonctionnez ;
– Il a un esprit critique très développé ;
– Il ne comprend pas toujours ce qui peut paraître simple pour d’autres personnes. Il se sent alors souvent « à côté » ;
– Il est perfectionniste. Il peut aussi être dans la procrastination. Il fonctionne en « tout ou rien » ;
– Il n’est que rarement satisfait ;
– Il doute régulièrement de ses compétences ;
– Il se sent différent mais ne sait pas pourquoi ;
– Il a peu d’amis.

Mensa

    b) Caractéristiques neurologiques reconnues:

L'IRM traditionnel a permis d'observer deux éléments importants: une morphologie cérébrale différente (principalement au niveau du cortex temporo-pariétal) et une plus grande connectivité entre les différentes zones du cerveau dans la population à haut QI (spécialement entre le lobe frontal et le lobe pariétal). 

Par ailleurs, l'IRM fonctionnel montre une sur-activité du fonctionnement du cortex frontal et du cortex pariétal dans la population à haut potentiel.

 

3- La vie de "surdoué" n'est pas toujours un long fleuve tranquille...

Les personnes à "haut potentiel" ont donc un fonctionnement cérébral spécifique: elles pensent en arborescence et développent rapidement plusieurs axes de pensée en même temps, ce qui les rend effectivement très créatives et peut aussi générer des différences dans la hiérarchisation et l'identification des idées pertinentes par rapport à des personnes non surdouées. Du fait de leur différence, elles se trouvent souvent en décalage par rapport aux autres et par rapport aux exigences de l'environnement, ce qui peut engendrer souffrances et difficultés à différents niveaux (scolaire, social etc.). En effet, si on se situe dans un contexte scolaire par exemple, certains surdoués vont parfois aller chercher une réponse compliquée jugeant la question posée trop évidente... Il convient donc pour les professeurs (et plus généralement, pour l'environnement) d'identifier et surtout de comprendre la démarche réflexive de l'élève (surdoué ou non) pour adapter ses exigences et sa pédagogie en fonction de celle-ci -l'idée étant aussi d'offrir aux élèves l'opportunité et la liberté d'avancer à leur propre rythme-.

Ainsi, contrairement aux idées reçues, les surdoués ne réussissent pas tous des études brillantes (il est d'ailleurs assez fréquent qu'un enfant "précoce" se retrouve en échec scolaire) et n'ont pas tous des carrières flamboyantes et une vie épanouissante. Beaucoup n'ont pas trouvé leur voie et sont en souffrance -certains même peuvent tomber dans la dépression après avoir renoncé à trouver ce qui leur correspondait-.

Trop souvent, l'individu surdoué est réduit à des capacités cognitives -ce qui ne fait qu'alimenter le mythe du génie qui transforme tout ce qu'il touche en or-, mais pour s’épanouir pleinement, il doit aussi développer deux autres formes d’intelligence : émotionnelle et relationnelle, qui lui font souvent défaut. Pour Monique de Kermadec (psychologue), les surdoués doivent aussi apprendre à développer leurs intelligences pratique et créative: 

« L’intelligence créative suppose de s’autoriser à penser différemment, hors du cadre, ce qui n’est souvent pas valorisé par le système scolaire »

de Kermadec Monique, L’adulte surdoué – apprendre à faire simple quand on est compliqué, Albin Michel, 2011

A en croire la psychologue, le système scolaire, en imposant un cadre rigide et presque "conformiste", ne serait pas adapté à tous les "profils" (y compris celui des "surdoués") et ne permettrait pas de mettre en avant la créativité des élèves. En d'autres termes, le système actuel ne favoriserait pas l'épanouissement et le développement des intelligences multiples et des fonctionnements intellectuels particuliers.

Que faire donc pour que chaque élève, quelque-soit son profil; puisse s'investir dans ses études sans souffrir de sa différence? Pour Emilie Couturier, professeur des écoles, une des solutions pourrait se trouver dans le jeu:

Les enfants sont comme nous. Ils sont de plus en plus sollicités. Pour capter leur attention, il faut savoir maintenir un cadre, en sortir pour aiguiser leur curiosité et soutenir leur motivation. Le jeu a cette faculté de pouvoir s’adresser à tous les profils. C’est un formidable outil en phase avec les intelligences multiples

Emilie Couturier

Le jeu semble effectivement être une approche intéressante pour appréhender les différents profils d'élèves  (surdoués et non surdoués) mais il ne se suffit pas à lui-même et doit être envisagé dans une pédagogie repensée et renouvelée.

Parmi les écoles qui proposent une pédagogie différente, l'Ecole des couleurs en Suisse (http://www.ecoleencouleurs.be/principes-essentiels/notre-projet-pedagogique/) prône la multiplicité des documents et la diversité des informations (documentation qui provient des élèves, recherches en équipes à la bibliothèque de l'école ou au local informatique...). Le but et la volonté de cette école est d'offrir aux élèves la possibilité de comparer et de confronter différentes informations, de les placer en situation d’observation, d’interrogation, de les mettre en face de contradictions ou de faits pour aiguiser leur curiosité, de leur permettre de vérifier leurs hypothèses et de remettre en cause certaines croyances. Ainsi, cette pédagogie conduit l'enfant à explorer toutes les possibilités et à ne pas se limiter à des constatations simples. Par ailleurs, certaines activités sont organisées avec des classes d'âge différent (des grands peuvent par exemple retrouver des petits à la bibliothèque pour leur faire la lecture). De plus, des classes à double degré ont été mises en place de façon à assouplir le cadre (l'idée que l'on doit connaître et maîtriser telle ou telle notion à tel âge peut être réductrice... d'où la nécessité d'adapter la pédagogie et les apprentissages au rythme de chacun).

Créer une "école inclusive" qui soit respectueuse du développement de chacun tout en développant un art de vivre et d'apprendre ensemble (Véronique Poutoux, 2016) n'est pas chose facile et le chemin est encore long. C'est pourquoi la contribution de tous (professeurs, psychologues, parents, pédagogues, créatifs, politiques...) est essentielle pour construire l'Ecole de demain.

4- COMMENT AIDER ET ACCOMPAGNER LE "SURDOUÉ"?

La première chose à faire, et non des moindres, est de mettre des mots sur cette particularité qu'est le haut potentiel intellectuel et de l'expliquer pour aider le surdoué à mieux comprendre son fonctionnement.

De plus, il convient de reconnaître ses caractéristiques comme "normales " au vu de sa différence (Virginie Colas et Véronique Burban), et non comme pathologiques.

Enfin, il est important de l'aider à identifier ses propres ressources et ses compétences.

Reconnaissance et acceptation (par l'école et la société) sont donc les maîtres mots permettant l'épanouissement (intellectuel, psychique, émotionnel, affectif...) de chacun dans le respect des différences.

" Leçons de logique, à retenir " :

(Extrait de L'enfant surdoué de Jeanne Siaud-Facchin)

Un enfant en difficulté scolaire peut être un enfant surdoué mais tous les enfants surdoués ne sont pas en échec scolaire.

Tous les enfants en échec scolaire ne sont pas des enfants surdoués.

Un enfant surdoué peut présenter des troubles psychologiques mais il peut aussi aller très bien. Vraiment très bien !

Poser le diagnostic jeune permet de prévenir les troubles et d’accompagner l’enfant pour qu’il s’épanouisse au mieux sur les plans affectifs et intellectuels mais un diagnostic plus tardif ne doit pas être négligé car il permet de mettre du sens sur les difficultés et de relancer l’enfant sur son parcours de vie. Y compris à l’adolescence.

Un chiffre de QI n’est pas un diagnostic. Un diagnostic est une démarche clinique complexe qui nécessite une investigation approfondie et des bilans complémentaires.

Un enfant surdoué est d’abord un enfant ! (bon ça, on s'en serait douté... mais il s'agit ici de montrer qu'il ne faut pas réduire un individu à son QI).

1: IMT: Indice de Mémoire de Travail.

2: IRP: Indice de Raisonnement Perceptif.

3: IVT: Indice de Vitesse de Traitement.

4: ICV: Indice de Compréhension Verbale.

5: L'hyperesthésie est l'exagération physiologique ou pathologique de l'acuité visuelle et de la sensibilité des divers sens.

6: Mensa est un club international fondé à Oxford en 1946 et regroupant aujourd'hui environ 122 000 membres dans une centaine de pays à travers la planète. Mensa est ouvert à toute personne à fort potentiel intellectuel (2 premiers centiles sur tout test approuvé et passé dans des conditions appropriées).

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