(Article inspiré des idées développées dans "Le racisme culturel, le danger à combattre" paru sur le blog de L'indigné du canapé)

Le racisme culturel, un fléau en expansion?

Le racisme primaire consistant à affirmer que les "races" ne sont pas toutes égales semble avoir presque totalement disparu des discours.Néanmoins, il n'en est pas de même du côté des actions: guerres, colonisations, délocalisations, pillages de richesses naturelles..., ne sont-ce pas là des manifestations concrètes et bien réelles de ce racisme primaire?

Croire que le racisme n'existe plus est une utopie, il a simplement changé son angle d'attaque. C'est ainsi que, petit à petit, le racisme biologique a fait place -non sans disparaître entièrement- au racisme culturel, ce dernier étant aujourd'hui en train de se généraliser. Ce néoracisme culturel est perçu par beaucoup comme n'étant pas du racisme puisqu'il est présenté par nos chers politiciens de façon déguisée. En effet, on n'entendra pas dans le discours de nos élus que l'homme occidental est supérieur ou qu'il a pour mission d'éduquer tel ou tel peuple mais plutôt que "leur" culture n'est pas adaptée à la "nôtre", si bien que cela va alimenter, de façon consciente ou non, méfiances, rejets, clans, peurs et violences au sein de l'opinion publique. Aussi politiquement correctes soient les tournures employées, ce nouveau discours n'en reste pas moins raciste tant il est emprunt d'idées identitaires fortes et tant il défend une doctrine "d'homogénéité et de pureté", considérant l'immigration comme "invasion et pollution" pour reprendre les termes de Pierre-André Taguieff (auteur du Dictionnaire historique  et critique du racisme, PUF).

Chercheur à l'Institut national d'études démographiques (INED), Patrick Simon explique ce néoracisme culturel comme suit: "La société française a compris que l’immigration n’était pas un phénomène périphérique : les enfants d’immigrés étaient dans les écoles, les immigrés dans les quartiers, ils étaient au cœur de notre monde. Certains Français ont alors eu une réaction “nativiste” : ils n’ont pas parlé de “race” – supérieure ou inférieure – mais ils ont proclamé qu’ils étaient les propriétaires légitimes de la France et qu’ils avaient, à ce titre, droit à des privilèges. Le Front national a résumé ce discours sur les valeurs culturelles en un slogan, “La France aux Français”. » Et que dire de ce slogan qui est scandé à la moindre occasion, y compris par des gens se disant pourtant loin des idées de l'extrême droite -et qui est largement repris sur les réseaux sociaux qui permettent de tout dire en avançant masqué et donc de façon totalement décomplexée-?

Si aujourd'hui le racisme envers les Noirs et les Juifs semble être en baisse, les discriminations, elles, persistent à tous les niveaux: accès aux hautes études, à l'emploi, à la propriété.

Par ailleurs, comme le souligne Vincent Tiberj, chercheur pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme sur le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, Musulmans et Maghrébins ont remplacé les Juifs dans l'imaginaire collectif, devenant les nouveaux boucs-émissaires de la société française. Les attentats terroristes n'ont fait que stigmatiser encore un peu plus les minorités musulmanes et maghrébines et pléthore de discours amalgamants, simplistes et décomplexés ont vu le jour pour reprocher à tous les Maghrébins sans exception -y compris les non musulmans d'ailleurs- d'être des terroristes et de vouloir islamiser la France. Il est vrai que quand il y a une crise (économique, sociale, politique...), quand tout va mal (attentats...), les extrémismes de toutes sortes ont tendance à se faire légion et la stigmatisation des minorités s'érige alors comme solution de facilité ("C'est pas moi, c'est les autres" chantait Abd Al Malik).

Cette haine et cette peur envers les étrangers est renforcée par bon nombre de nos dirigeants qui défendent la préservation d'une culture française traditionnelle au nom des "valeurs républicaines", amalgamant culture, religion, politique et nationalité. Et c'est bien là qu'est le danger: en pratiquant le racisme culturel comme ils débattraient des 35 heures à l'Assemblée, et en ne s'y intéressant que d'un point de vue électif, ils n'ont pas conscience que leurs actes impactent violemment et dangereusement -au niveau des représentations culturelles- tout un pays, et ce sur plusieurs générations!

Le métissage fait la richesse de la France. Se renfermer sur nos ressemblances est le frein à notre épanouissement, partager nos différences en est l'accélérateur!

Le racisme culturel, un fléau en expansion?
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