La Manif pour tous: Qui sont-ils et que revendiquent-ils?

 "J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels", tel était l'engagement 31.1 du candidat François Hollande à l'élection présidentielle. Avec l'adoption de la loi Taubira du 17 mai 2013 sur le mariage pour tous, cet engagement a pu être tenu.

Depuis la promulgation de cette loi, les revendications du collectif "La manif pour tous" se sont étendues de l'opposition au mariage homosexuel et à l'homoparentalité (adoption, PMA1, GPA2), à la défense de la "famille traditionnelle" et au rejet de l'enseignement prétendu de la "théorie du genre".

C'est ainsi que le 16 octobre dernier, en pleine primaire de la droite pour les élections présidentielles de 2017, les fanions roses et bleus ont refait leur apparition Porte Dauphine dans l'ouest parisien, arborant fièrement des messages comme "Tous des sans-dents d'un papa et d'une maman" ou encore "la femme ne sera jamais une usine à bébés".

Au sein de cette manifestation -comptant quelques 24000 personnes pour les autorités (200000 selon les organisateurs)- où l'on a pu distinguer des drapeaux tricolores ainsi que quelques fleurs de lys (symbole d'un souhait de retour au système monarchique?), des soutanes, des crucifix et des poussettes, quelques élus de droite et d'extrême droite ont fait leur apparition:

- Hervé Mariton (Les Républicains),

- Marion Maréchal-Le Pen (FN),

- Robert Ménard (maire d'extrême droite de Béziers dont la dernière campagne d'affichage a suscité de vives polémiques et de l'indignation tant elle représente une stigmatisation explicite à l'encontre des migrants [Cf image ci-dessous],

- Louis Aliot (FN),

- Jean-Frédéric Poisson (successeur de Christine Boutin, président du Parti chrétien-démocrate et candidat à la primaire de droite).

Libération, 2016.

Libération, 2016.

Parmi les quelques personnalités présentes dans le cortège, la femme au chapeau a fait entendre sa voix. Après avoir proposé, sur le plateau de "C L'Hebdo", d'utiliser le mot de "gayriage" pour les homosexuels, jugeant que le "mariage" devait être réservé à l'union d'une femme et d'un homme, Geneviève De Fontenay s'est ensuite exprimée au micro de LCI en ces termes: "C'est comme chez les animaux : il y a des mâles et des femelles".

Si pour les organisateurs, cette manifestation avait pour vocation de peser sur les élections présidentielles et de "stopper la déstabilisation de la famille, (de) dire non à la PMA "sans père", à la pratique des mères porteuses et à la diffusion du genre à l'école, et (de) poser les bases d'une politique ambitieuse pour la famille, la filiation et l'éducation", les divergences d'opinion  dans les rangs (notamment sur le terrain politique) étaient néanmoins présentes. En effet, quand certains affirmaient haut et fort leur souhait d'une interdiction totale de PMA -y compris pour les couples hétérosexuels- ou encore d'une suppression de l'avortement; d'autres, plus modérés, se disaient ouverts à l'adoption par un homosexuel, sans pour autant que la reconnaissance des deux pères soit possible. 

Même si le débat sur le mariage homosexuel et sur la question de l'homoparentalité s'est récemment déplacé vers la PMA et la GPA, ce qui est au cœur du débat législatif et qui semble alimenter le plus de réticences et de craintes au sein du collectif "La manif pour tous" est l'accès à l'adoption pour les couples homosexuels. Sous couvert de protéger "l'intérêt supérieur de l'enfant", les opposants à l'adoption pour les homosexuels tentent tant bien que mal de défendre leur vision et leur conception d'une famille traditionnelle. C'est ainsi que pléthore de théories prétendument psychologiques et scientifiques sont avancées par les détracteurs à l'homoparentalité, tel un leitmotiv comme pour se convaincre que leur modèle de la famille, et uniquement le leur, est le bon et le seul qui vaille.

Pourtant, l'analyse de près de 80 publications scientifiques centrées sur le développement de l'enfant en contexte homoparental effectuée par Benoît Schneider (professeur de psychologie de l'éducation à l'université de Lorraine) et Olivier Vecho (maître de conférences en psychologie à l'université Paris-Ouest-Nanterre-la Défense) "n'autorise en aucune façon les pronostics alarmistes énoncés à partir de positions théorico-doctrinales des experts contempteurs de l'homoparentalité." En effet, comme le souligne les deux auteurs, et au regard de l'homogénéité et de la constance des résultats de ces recherches, il est impossible de conclure à des difficultés spécifiques chez les enfants élevés dans un environnement homoparental. De plus, pour faire taire les interrogations et les inquiétudes concernant une prétendue transmission de l'homosexualité, il a été prouvé que les enfants élevés par des couples homosexuels ne deviennent ni plus ni moins homosexuels que les autres.

Ainsi, à en croire de nombreuses recherches sur le développement de l'enfant et des études récentes portant sur l'adoption par des couples homosexuels, il est fondamental de retenir que "le comportement des enfants apparaît davantage déterminé par l'éducation qu'ils reçoivent plutôt que par le fait qu'ils sont élevés par des parents de même sexe."

Alors, peut-être est-il temps d'élever le débat et de s'interroger sur ce qui pose réellement problème: être élevé par deux parents de même sexe (les études nous montrent que non) ou plutôt évoluer dans une société qui condamne et stigmatise l'homoparentalité (et plus généralement l'homosexualité même si les choses semblent évoluer de ce côté là) et donc l'environnement familial dans lequel évolue l'enfant? 

 

Laissez tomber la certitude. L’inverse n’est pas l’incertitude. C’est l’ouverture, la curiosité et la volonté d’embrasser le paradoxe, plutôt que de choisir les bons côtés. Le défi ultime est de nous accepter exactement tels que nous sommes, mais sans jamais cesser d’essayer d’apprendre et de grandir.

Tony Schwartz

Tony Schwartz

1. PMA: la procréation médicalement assistée, qui est autorisée en France mais uniquement pour les couples hétérosexuels, est un ensemble de pratiques cliniques et biologiques -telles que l'insémination artificielle ou la fécondation in-vitro- où la médecine intervient plus ou moins directement dans la procréation.

2. GPA: la gestation pour autrui désigne l'ensemble des méthodes de PMA dans lesquelles l'embryon est implanté dans l'utérus d'une femme tierce, dite souvent « mère porteuse ».

Retour à l'accueil