http://ecolereferences.blogspot.fr/2015/11/le-systeme-educatif-sauvegarde.html

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Le débat sur l'Ecole et les différentes réformes du système éducatif s'est mal engagé en France.

Plutôt que de chercher des pistes d'amélioration en s'inspirant de modèles étrangers, en s'appuyant sur des études en sciences sociales ou encore en travaillant main dans la main avec les professeurs, les réformateurs ont préféré faire de ce débat un affrontement idéologique et politique, ce qui n'a pas permis d'apporter des solutions satisfaisantes

Dans cet article, nous ferons un rapide tour du globe pour mettre en lumières quelques modèles scolaires et philosophiques d'enseignement qui nous permettront peut-être de penser (voire panser...) et repenser le système éducatif français.

1) Les modèles axés sur le rendement et les résultats scolaires

Tout d'abord, certains systèmes scolaires sont axés essentiellement sur la performance et la compétition. C'est le cas notamment dans les pays de l'Est de l'Asie qui arrivent régulièrement dans le peloton de tête du classement PISA1

Comme le souligne Carl Honoré, le modèle chinois, fondé sur le par coeur, s'est répandu dans tout l'est de l'Asie, "condamnant les enfants à de longues heures de classe, à un apprentissage qui s'apparente à une marche forcée et à une vie désormais connue sous le nom de l'enfer de l'examen"2 

En Corée du Sud par exemple, les élèves sont soumis à une pression constante, ils doivent étudier un maximum d'heures par jour -au détriment de toutes autres activités- et sont de fait contraints de livrer un véritable combat au quotidien contre le sommeil.

Dans ces sociétés où le travail et la compétition font loi, les résultats scolaires sont le noyau central des préoccupations et les enfants se voient ainsi obligés de se concentrer, à un âge très précoce, sur le rendement scolaire et, par extension, sur les entrées à l'université.

Outre l'Est de l'Asie, l'Amérique du Nord suit elle aussi cette tendance à la compétition -qui gagne d'ailleurs tous les pays industrialisés-: les horaires des élèves sont surchargées et ils n'ont d'autre choix que de se surpasser pour accéder aux meilleures écoles et universités.

Face à ces modèles axés sur la performance, d'autres, à contre-courant, gagnent en popularité.

2. Les écoles et pédagogies à contre-courant

   a) La pédagogie Montessori

Maria Montessori, première femme médecin italienne, a donné son nom à une pédagogie qui peut être résumée ainsi: "Aide moi à faire seul".

Il s'agit donc de rendre l'enfant autonome, de lui donner confiance en soi, tout en lui permettant de développer ses sens et de se rapprocher de la nature.

Comme l'indique la créatrice de cette méthode, l'enfant passe par des "périodes sensibles" durant lesquelles il a naturellement des aptitudes pour tel ou tel domaine. L'idée est donc pour l'éducateur ou le parent de déterminer dans quelle période se trouve l'enfant de façon à lui fournir un matériel d'apprentissage adapté.

Il faut ajouter que ce matériel, proposé en accès libre, est auto-correctif, ce qui permet à l'enfant de remarquer lui-même ses erreurs, évitant au maximum le sentiment d'échec parfois ressenti par les enfants, et souvent accentué maladroitement par les adultes.

Dans les classes Montessori (appelées "Ambiances"), un seul exemplaire de chaque matériel est mis à la disposition des élèves, tout ceci afin d'encourager l'enfant à s'auto-discipliner, à partager et à respecter l'autre.

   b) La philosophie Waldorf

Originaire d'Allemagne, cette philosophie a eu un essor mondial -notamment au Québec-. L'idée est d'éviter le recours aux tests, aux classements et aux disciplines trop académiques de façon à libérer la curiosité naturelle des enfants et leur esprit ludique.

Ces écoles misent sur des activités manuelles et artistiques pour favoriser l'apprentissage et respectent l'évolution et le rythme propres à chaque enfant.

   c) Les maternelles Reggio

Originaires d'un petit village du nord de l'Italie du même nom, les maternelles Reggio offrent aux enfants la possibilité de choisir leurs activités selon leurs propres centres d'intérêts. Il n'existe donc aucun programme préétabli pour les encadrer.

   d) L'exemple de "l'Ecole des couleurs" en Suisse

Implantée en Suisse, l'Ecole des couleurs prône la multiplicité des documents et la diversité des informations (documentation qui provient des élèves, recherches en équipes à la bibliothèque de l'école ou au local informatique...).

Le but et la volonté de cette école est d'offrir aux élèves la possibilité de comparer et de confronter différentes informations, de les placer en situation d’observation, d’interrogation, de les mettre en face de contradictions ou de faits pour aiguiser leur curiosité, de leur permettre de vérifier leurs hypothèses et de remettre en cause certaines croyances. Ainsi, cette pédagogie conduit l'enfant à explorer toutes les possibilités et à ne pas se limiter à des constatations simples.

Par ailleurs, certaines activités sont organisées avec des classes d'âge différent (des grands peuvent par exemple retrouver des petits à la bibliothèque pour leur faire la lecture).

De plus, des classes à double degré ont été mises en place de façon à assouplir le cadre (l'idée que l'on doit connaître et maîtriser telle ou telle notion à tel âge peut être réductrice... d'où la nécessité d'adapter la pédagogie et les apprentissages au rythme de chacun).

   e) Les maternelles en plein air:

Présentes en Scandinavie depuis les années 1950, les maternelles en plein air gagnent aujourd'hui du terrain en Europe et au-delà. Ses partisans défendent l'idée selon laquelle c'est à l'extérieur des salles de classes que les enfants développent leur motricité et qu"ils apprennent à regarder, à jouer et à résoudre des problèmes.

   f) Le modèle finlandais

Depuis le premier classement PISA en 2000, le pays a été amené à mettre en place une cellule dédiée à l'assistance des autres pays, devant l'afflux de demandes émanant du reste du monde pour comprendre le système éducatif finlandais et sa réussite (d'après l'enquête internationale PISA sur les systèmes éducatifs de l'OCDE, la Finlande obtient régulièrement les meilleurs résultats à l'échelle mondiale).

Le modèle finlandais offre effectivement un beau paradoxe pour les chercheurs en éducation puisqu'il vient à l'encontre de tous les systèmes basés sur le rendement, la performance et la compétition qui préconisent une scolarité précoce et des heures d'étude à n'en plus finir. 

En Finlande, le jeu est roi durant la petit enfance. Les jeunes ne commencent l'école qu'à l'âge de sept ans et ne sont notés qu'à partir de treize ans. Les journées de classe sont courtes.

Par ailleurs, à l'instar de la pédagogie Montessori, les enseignants privilégient l'autoévaluation aux examens.

L'idée fondamentale de ce modèle est de transmettre aux jeunes la passion d'apprendre plutôt que de les obliger à se conformer à des études strictes qui ont pour seul objectif d'obtenir de bonnes notes.

 

Bien évidemment, il existe de très nombreux autres modèles éducatifs à travers le monde et il n'y a pas une seule bonne méthode ou une seule bonne pédagogie qui vaille. Cette liste non exhaustive offre néanmoins quelques pistes de réflexion pour repenser le monde de l'éducation.

Si les modèles axés sur la performance et la compétition permettent aux élèves d'obtenir de bons résultats au classement PISA, qu'en est-il de leur épanouissement en tant qu'enfant et de futur adulte...?

Il nous semble préférable de former des jeunes curieux et ayant soif d'apprendre qui sauront interagir entre eux, développer leur sens critique et apporter des réponses créatives plutôt que des jeunes capables de réciter par coeur certaines notions.

Beaucoup d'enseignants souhaitent s'investir et s'engager dans un profond remaniement du système éducatif. Peut-être serait-il temps pour les politiciens de faire appel aux enseignants, pédagogues et autres acteurs de terrain pour repenser et construire l'école de demain plutôt que de s'enfermer dans des affrontements politico-idéologiques stériles et sans grand fondement?.

1. Le programme PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) est un ensemble d'études menées par l'OCDE et visant à la mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres. Il convient de noter que ce classement ne permet pas une évaluation holistique  (globale et complète) de la performance d'un système éducatif puisqu'il se contente de mesurer la manière dont les élèves en fin de scolarité obligatoire (15 ans pour la plupart des pays) mettent en application les connaissances acquises lors de leur parcours scolaire.

2. Carl Honoré, Manifeste pour une enfance heureuse, France Marabout, 2008, p.153.

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