Courrier International

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Le 2 septembre 2015, une photo faisait le tour de la planète, celle d'Aylan Kurdi, un petit enfant kurde retrouvé mort sur une plage turque. Choquante, dure et bouleversante, cette photo avait ému le monde entier qui, soudain, semblait avoir pris conscience du calvaire quotidien des migrants et de la nécessité d'une solidarité internationale pour les aider, les soutenir et les accueillir.

Mais cette prétendue prise de conscience n'aura finalement pas eu d'effet durable et l'on meurt encore aujourd'hui à tous âges aux portes de l'Europe, parfois même dans l'indifférence générale -comme si l'on s'était habitué à l'horreur des faits ou que l'on cherchait à l'oublier voire la nier-.

Christian Sellés

Christian Sellés

Pourtant, cette réalité existe bel et bien et il est de notre devoir de "protéger les personnes qui sont obligées de quitter leur pays, parfois brutalement" comme le souligne Amnesty International.

Partant de Syrie, d'Afghanistan, du Myanmar (Birmanie), d'Erythrée, de Somalie, d'Irak, du Honduras, d'El Salvador ou encore du Guatemala (...), les migrants fuient leur pays pour diverses raisons: fuir un conflit, échapper à des persécutions, des régimes totalitaires ou partir dans l'espoir d'un avenir meilleur ailleurs.

L'exil, justifié par un profond désarroi et une envie de (sur-)vivre, implique une prise de risque de tous les instants. En plus d'être confrontés à des violences de toutes sortes (arbitrarité des passeurs, détentions illégales et dans des conditions inhumaines, menaces et violences...), les migrants et les réfugiés doivent emprunter des routes extrêmement dangereuses et souvent mortelles.

C'est ainsi qu'en 2015, pas moins de 5400 personnes ont perdu la vie sur les routes de l'exil dans le monde, dont 3700 en essayant de traverser la Méditerranée pour rejoindre les rives européennes. En 2016, on dénombre pour l'instant (et l'année n'est pas terminée...) plus de 5200 morts dans le monde dont plus de 4000 en Méditerranée selon les organisations internationales. Les causes de ces décès sont multiples: déshydratation, hypothermie, noyades, asphyxies par émanations de carburant...

Face à cette situation alarmante et ces drames quotidiens en Méditerranée et ailleurs, les pays les plus riches (que l'on dit "développés") s'érigent en forteresse, en remparts (à l'image des Etats-Unis de Trump qui projettent de construire un mur entre les USA et le Mexique) et se ferment, laissant ainsi mourir à leurs portes des milliers de personnes. 

De même, beaucoup de gouvernement se disant défenseurs du droit d'asile peinent pourtant à le garantir, refoulant d'ailleurs régulièrement des réfugiés vers des pays où leurs vies sont menacées, et ce en complète violation du droit international.

Aussi, il convient de rappeler que les migrants sont bien souvent pris pour cible et discriminés, notamment dans les discours et les pratiques politiques qui, répondant au principe du populisme et de la démagogie, tendent à les faire passer pour une menace. En effet, n'avez-vous jamais entendu des propos tels que: "Les migrants piquent le boulot des français", "On ferait mieux de s'occuper de nos SDF" [Ah tiens, soudain on s'intéresse à eux...], "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" [n'oublions pas que la phrase de Rocard à une suite: "mais elle doit en prendre sa part!"], "Les migrants gagnent 40 euros par jour, c'est une honte" (c'est surtout totalement faux) etc. Toutes ces idées reçues, et reprises allègrement par bon nombre d'élus, ne font que renforcer la stigmatisation autour des migrants. 

L'individualisme semble aujourd'hui être devenu le fer de lance de notre société, ce qui a pour conséquence un repli sur soi et une quête de bien-être personnel aux dépens d'un mieux-être collectif. Cette manière d'aborder la vie de façon auto-centrée n'est-elle pas préjudiciable et dommageable? A vous d'en juger. Nous rappellerons simplement que, comme le précise à juste titre Amnesty International, "Les droits humains n'ont pas de frontières" et il est urgent que ces droits soient pleinement respectés et appliqués.

Pour faire respecter les droits des réfugiés et des migrants, Amnesty International appelle les autorités à:

- Respecter leur obligation de solidarité en accueillant les réfugiés et en venant en aide aux pays qui en accueillent le plus grand nombre.

- Mettre en place des mécanismes de surveillance de façon à ce que les droits des migrants et des réfugiés soient protégés dans le cadre des opérations et mécanismes de contrôle des migrations.

- Veiller à ce que toute personne puisse avoir accès au droit de solliciter l'asile et que nul ne soit renvoyé dans son pays d'origine quand il risque d'y subir de graves atteintes aux droits humains.

- Agir pour que les réfugiés puissent avoir accès, sans discrimination, à un travail, à un logement, à l'éducation et à la santé.

Entre ce que préconise Amnesty International et les politiques menées actuellement au niveau mondial, l'écart est abyssal. Mais changer les politiques migratoires, n'est-ce pas avant tout changer son regard vis-à-vis des migrants et accepter de s'ouvrir au monde et aux personnes qui l'enrichissent ?

 

Vos préjugés sont vos fenêtres sur le monde. Nettoyez-les de temps en temps, ou la lumière n’entrera pas.

Isaac Assimov

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