Et Sibérie m'était contée

Sorti en salle le 15/06/2016, Dans les forêts de Sibérie, le 6ème long-métrage de Safy Nebbou, est une adaptation libre du récit éponyme de l’aventurier Sylvain Tesson (Prix Médicis Essai 2011).

« J’ai vécu un an dans la taïga, un an comme une vie ». Dans les forêts de Sibérie conte la retraite, dans une cabane bordant le lac Baïkal, de Teddy, chef de projet multimédia en quête d’absolu et de liberté. Sur place, il doit faire face à la solitude et à une nature parfois inhospitalière. Pas de voisin, pas de route, la glace et un fusil pour seuls alliés. Un soir, pris au piège par une violente tempête de neige, le jeune trentenaire est secouru, in extremis, par Aleksey, un braconnier russe en cavale, caché dans la forêt depuis une douzaine d’années. Entre ces deux hommes que tout oppose, une véritable histoire d’amitié va éclore.

Un ravissement pour les yeux

Dès les premiers instants, le film de Safy Nebbou invite au lâché prise et à la contemplation. La majesté et la beauté de la taïga sibérienne immaculée fascinent au premier regard et la belle lumière du chef opérateur, Gilles Porte, ne fait que sublimer, un peu plus encore, cette somptueuse photographie.

La quiétude et la magnificence du Baïkal se marient parfaitement au jeu de Raphaël Personnaz qui, tout en finesse et en retrait, relève haut la main le défi de donner à son personnage – presque sans parole- une identité forte et attachante.

Rompant le silence glacé de l’immensité sibérienne, les trompettes d’Ibrahim Maalouf accompagnent, sans esbroufe, cette jolie réalisation dans une vibrante émotion.

Au-delà de l’esthétique très soignée que propose le réalisateur de L’autre Dumas, Dans les forêts de Sibérie remue l’esprit du téléspectateur et l’inviterait presque à tenter l’aventure.

Dans cette nature sauvage et hostile, le héros entreprend un voyage introspectif où le désir de vivre intensément est le moteur principal. Trouver un sens à sa vie, revenir à l’essentiel, se confronter à soi-même, « accoucher de soi-même » dirait Socrate… Tels sont les enjeux de ce film.

La rencontre de deux solitudes, Teddy et Aleksey, viendra, quant à elle, stimuler la réflexion du spectateur. Parti à l’autre bout du monde à la recherche de solitude, de nature et de perception de sa vie intérieure, c’est finalement l’altérité et l’humanité qu’il trouvera au bout du chemin.

Une adaptation très libre du roman…

Bien que touchante, cette relation d’amitié n’apparaît pas dans le best-seller, plus « égoïste » mais tout aussi captivant, de Sylvain Tesson. Safy Nabbou semble ne pas avoir voulu relever le défi de filmer la solitude, en inventant un ami russe au personnage principal. Peut-être pour éviter de filmer un trop grand silence…

Dans cette belle invitation au voyage, la morale est quelque peu ambiguë et n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît. Tout ce que le film semble démontrer (l’importance de s’isoler pour se retrouver seul face à soi-même, de revenir à la source pour donner du sens à sa vie…) sera réinterrogé par la réplique d’Aleksey : « La vie, ce n’est pas se cacher dans la forêt ».

Qu’est-ce que cela signifie? A travers les dires du braconnier russe, le réalisateur a peut-être souhaité montrer que, s’il a trouvé la paix et la plénitude en Sibérie, Teddy devra ensuite ramener ces sentiments chez lui, pour les partager avec son entourage...

 

De l’installation dans une cabane sur les rives du lac Baïkal à l’issue émouvante de ce conte moderne philosophique, en passant par la belle et improbable relation entre deux ermites, le téléspectateur ne sortira pas indemne de ce périple au cœur de la Sibérie. Un film à ne manquer sous aucun prétexte…

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