Depuis le début du conflit en mars 2015, des pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France sont accusés, par Amnesty International (AI), d’alimenter la crise humanitaire au Yémen par leurs ventes d’armes à l’Arabie Saoudite.

Sanaa après une frappe aérienne de la coalition menée par l’Arabie Saoudite, le 14/11/2016. AFP

Sanaa après une frappe aérienne de la coalition menée par l’Arabie Saoudite, le 14/11/2016. AFP

Deux ans de conflits… Dans un communiqué paru hier, l’organisation AI révèle que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont livré pour « plus de 5 milliards de dollars d’armes à l’Arabie Saoudite » depuis son intervention contre le Yémen. C’est plus de dix fois le montant de l’aide qu’ils ont versée pour la protection des civils yéménites.

En guerre contre les rebelles chiites Houthis soutenus par l’Iran, l’Arabie Saoudite est à la tête d’une coalition de pays arabes sunnites. Plusieurs ONG dénoncent les livraisons d’armes effectuées par Washington, Londres, et dans une moindre mesure Paris, à cette coalition. Ces grands exportateurs agissent néanmoins sous couvert de la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l’ONU, prévoyant un embargo sur les armes destinées aux Houthis, mais pas sur celles de la coalition.

En France, les exportations d’armements sont interdites, sauf dérogation accordée par le Premier ministre. En janvier, une première série de demandes d’armements saoudiennes a été présentée à Paris. Face aux quantités considérables réclamées par le client, Bernard Cazeneuve a sollicité l’arbitrage de l’Elysée. Réponse de François Hollande : on autorise... En vendant à Riyad des armes pour un montant de 455 millions d’euros, dont une grande partie pourrait bien être destinée à la guerre au Yémen, la France se pose comme véritable « supermarché » de l’Arabie Saoudite.

 

« Une catastrophe humanitaire »

Une famille de déplacés dans un camp à Houdieda, au Yémen.

Une famille de déplacés dans un camp à Houdieda, au Yémen.

Pour Lynn Maalouf, responsable au bureau régional d'Amnesty à Beyrouth, « les armes fournies (…) ont été utilisées pour commettre de graves abus, provoquant une catastrophe humanitaire. » Les pays exportateurs « ont continué d'autoriser les livraisons d'armes tout en apportant une aide pour atténuer la grave crise qu'ils ont contribué à provoquer » a-t-elle ajouté.

Dénonçant la « longue liste d’abus effroyables » au Yémen, AI demande donc à l’ONU d’enquêter expressément sur « les violations flagrantes commises par toutes les parties au conflit ».

Chaos politique et sécuritaire, bombardements aériens, blocus humanitaire, famine imminente (70% de la population serait en situation d’insécurité alimentaire estime l’ONG « Actions contre la faim »), tel est le quotidien peu réjouissant des Yéménites aujourd’hui.

Depuis l’intervention de la coalition, plus de 10.000 victimes civiles et 42.500 blessés sont à déplorer, selon l’ONU.

A l’occasion du 2ème anniversaire d’une guerre tant oubliée que dévastatrice, l’accès humanitaire d’urgence et la reprise du processus diplomatique semblent donc être des priorités absolues.

LES GRANDES DATES DU CONFLIT

 

  • 2011-2012 : révolution yéménite et destitution du dictateur Ali Abdallah Saleh.
  • 2014 : début de la guerre civile yéménite opposant l’ex-président Saleh, allié aux rebelles Houthis, au gouvernement d'Abd Rabbo Mansour Hadi, élu en 2012.
  • Eté 2014 : Entrée des rebelles chiites Houthis dans Sanaa, la capitale.
  • Mars 2015 : Intervention de la coalition militaire arabo-sunnite, en soutien au président Hadi, contre les Houthis. Internationalisation du conflit.
  • Avril-août 2016 : pourparlers de paix.
  • Août 2016 : reprise des combats.

 

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