Le Génépi, un pont entre détention et liberté

LE GÉNÉPI : FERVENT DEFENSEUR DES DROITS DES DETENUS

 

Écartant les barreaux des prisons, le Génépi œuvre à l’établissement d’un lien entre personnes incarcérées et société. Depuis 40 ans, les bénévoles de l’association multiplient les actions pour susciter l’intérêt du plus grand nombre à la cause des prisonniers.

 

Le Génépi, c'est plus de 1200 bénévoles réunis autour d’un même projet : "favoriser le décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les personnes enfermées, ses bénévoles et la société civile".

Véritables créateurs de lien entre l’intra et l’extra-carcéral, les « Génépistes » mènent différents types d’actions pour « gommer » les barrières entre ces deux mondes.

 

À l’intérieur des prisons

Chaque jour, des bénévoles franchissent les murs des prisons françaises pour rencontrer des détenus. Ils y proposent des ateliers socio-culturels et à thématiques scolaires en mettant l’accent sur l’horizontalité. « On parle d’humain à humain, dans une relation équitable, sans les regarder comme des détenus » confie Betty, une bénévole. Ces interventions offrent aux personnes enfermées un « sas de liberté » symbolique qui rompt avec leur quotidien en détention.

 

 

Le Génépi, un pont entre détention et liberté

Dans l’espace public

La lutte pour le respect des droits des détenus est le fer de lance de l’association. Pour porter haut et fort la voix de leurs revendications, les militants organisent régulièrement des actions d’information et de sensibilisation du public. Ils interviennent dans les écoles, les EHPAD, lors de concerts ou d’expositions etc. L’association publie par ailleurs une revue participative, Le Passe-Murailles, pour éclairer le grand public sur des questions de « prison et de justice ». Toutes ces initiatives visent à susciter une prise de conscience sur la réalité carcérale, et à lancer le débat public autour des politiques pénales et des alternatives à la détention.

La formation des bénévoles

Les week-ends de formation régionaux et nationaux organisés par le Génépi sont l’occasion pour les bénévoles de débattre sur différents sujets autour de l’incarcération. Ils sont un moment privilégié pour aborder des questions liées aux contextes politique et judiciaire dans lesquels s’inscrivent les actions de l’association.

Le Génépi a vu le jour en 1976 sous l’impulsion de M. Lionel Stoléru, alors conseiller économique à la présidence de la République. Depuis sa création, l’association a toujours affirmé ses convictions et ses prises de (op-) position sans faillir. Aujourd’hui, face à une politique adepte du « toujours plus sécuritaire », l’association est plus que jamais décidée à se battre pour ses idées…

 

Des politiques pénales de plus en plus sécuritaires

 

La loi pénitentiaire du 29 novembre 2009 affirme que la peine de prison ne doit intervenir qu’en dernier recours. Pourtant, l’incarcération massive ne faiblit pas…

Les récentes lois sécuritaires (rétention de sûreté, assignation à résidence, prolongement de l’état d’urgence etc.) ne font qu’accroître le recours aux peines privatives de liberté plutôt qu’aux alternatives à la prison.

 

« C’EST RIDICULE DE METTRE TOUJOURS PLUS DE PERSONNES EN PRISON »

 

 

Le Génépi, un pont entre détention et liberté

Du haut de ses 22 ans, Sophie Ponçot est déjà présidente et chargée de la communication et de la voix politique du Génépi. Large sourire, regard volontaire et rhétorique maîtrisée, elle s’investit pleinement dans l’association depuis 2016. Interview...

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein du Génépi ?

J’ai choisi de m’y investir car j’étudie le Droit pénal. Je voulais agir de façon concrète en faveur des droits des détenus qui, trop souvent, sont bafoués. Il suffit de jeter un coup d’œil aux nombreux rapports du CGLPL (NDLR : Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté) pour se rendre compte de l’état désastreux des prisons. Le Génépi est en partie là pour faire changer les choses, et je serais fière de pouvoir contribuer à ce changement.

Pouvez-vous donner quelques exemples d’actions concrètes menées récemment par l’association ?

L’association est répartie en groupes locaux gérant leurs actions de façon autonome. L’an dernier, un « concert miroir » a été organisé à Strasbourg. L’idée était de jouer le même concert en détention et à l’extérieur, en utilisant des outils de sensibilisation comme une cellule fictive. Certains génépistes exposent aussi régulièrement des photos montrant la réalité des prisons. D’autres organisent des ciné-débats. D’autres encore font des micros-trottoirs pour sensibiliser les gens. En plus du soutien scolaire, de nombreux ateliers sont proposés en détention : « cuisine » à Metz, « littérature et écriture », « Revue de presse » où bénévoles et détenus débattent ensemble de l’actualité etc. Les prisonniers sont particulièrement réceptifs aux ateliers où ils peuvent s’exprimer. Ça leur fait du bien de sortir de leur cellule, de voir des gens qui ne sont ni des surveillants, ni des professeurs, ni des membres de la famille, et avec qui ils peuvent discuter et se faire entendre en « toute liberté ».

Quel regard porte le Génépi sur les politiques pénale et pénitentiaire actuelles?

Les lois pénales répressives se sont multipliées ces dernières années. Alors même que l’arsenal pénal et juridique prévoit un nombre important de peines alternatives, la prison reste pourtant la peine la plus largement prononcée en France. Elle ne favorise pas du tout la réinsertion. C’est ridicule de mettre toujours plus de personnes en prison. On est pour le « réductionnisme ». Aujourd’hui, pour lutter contre la surpopulation carcérale, l’État veut construire de nouvelles prisons. C’est une grossière erreur ! Toutes les études montrent que plus on construit, plus on enferme.

Comment voyez-vous le futur de l’association ?

Le nombre de bénévoles est en baisse. On est environ 950 maintenant. Du fait du prolongement de l’état d’urgence, nos interventions en détention ont été décalées voir annulées par l’Administration Pénitentiaire, ce qui en a démotivé certains. L’association se tourne de plus en plus vers du militantisme, ce qui attire moins les foules. On est plus ces petits étudiants tout mignons qui font la charité en détention, mais plutôt des personnes indignées par le système. Le Génépi se « politise » un peu mais c’est une bonne chose selon moi. On est en pleine réflexion sur le changement de nos actions. Actuellement, on cherche à redéfinir les critères qualitatifs de nos interventions. Lors de nos nombreuses formations, on se remet en question, on réfléchit au sens de nos initiatives. On veut que la société toute entière se saisisse de la problématique carcérale et nos actions vont dans ce sens.

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