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Après près de quatre semaines de procès, la cour d’assises de la Moselle a reconnu Francis Heaulme coupable du double meurtre de Montigny-lès-Metz. Une troisième condamnation à perpétuité qui intervient malgré le manque de preuves et les errements judiciaires…

 

Mercredi 17 mai, il est près de 23 heures, le verdict tombe. Celui que d’aucuns appellent « le Routard du crime » est déclaré coupable des meurtres de deux enfants de huit ans, Cyril Beining et Alexandre Bekrich, le 28 septembre 1986 à Montigny-lès-Metz. Quelques heures plus tôt, le président Gabriel Steffanus l’avait interpelé : « M. Heaulme, avez-vous un dernier mot à ajouter pour votre défense ?». L’accusé à la longue silhouette et au teint blafard s’était alors approché du micro, martelant devant la cour un leitmotiv ne le quittant plus depuis le début du procès : « Montigny, ce n’est pas moi ».

 

Montigny, c’est vous, ont pourtant répondu les jurés, manifestement convaincus que Francis Heaulme, déjà condamné pour neuf meurtres commis au hasard de ses pérégrinations en France entre 1984 et 1992, était bien le bourreau de ces deux gamins sauvagement abattus à coups de pierres en ce dimanche de septembre. Plus qu’un verdict, cette décision de justice condamnant Heaulme à la réclusion criminelle à perpétuité, sonne comme un épilogue attendu dans cette enquête ô combien chaotique qui aura duré plus de 30 ans. Néanmoins, l’intime conviction des jurés semble s’être davantage construite sur un ressenti, plus que sur des preuves…

 

Un procès à l’épreuve des (non) preuves

 

Véritable relique judiciaire, le « dossier Montigny » a, dès son origine, été pollué par les défaillances d’une enquête bâclée – une scène de crime non « gelée », un médecin légiste incapable de déterminer l’heure précise de la mort des enfants, des aveux recueillis auprès de trois suspects différents (dont Patrick Dils), des pièces à convictions qui n’ont pas été conservées-. Les scellés (pierres, excréments retrouvés près des corps des victimes, négatifs photos…) ont, quant à eux, été détruits ou ont mystérieusement disparus. Faute d’éléments matériels, il a donc fallu à la cour d’assises s’en tenir aux mots afin de prononcer son jugement.

Parmi les éléments à charge réunis contre Francis Heaulme, une seule certitude, il était bien présent sur les lieux le jour du double meurtre. Il a en effet admis de son propre chef avoir « reçu des pierres » lancées par des enfants, être monté sur le talus et avoir vu les corps sans vie des enfants.

Autre élément l’incriminant, le témoignage de deux pêcheurs affirmant l’avoir recueilli à bord de leur voiture le soir du double meurtre, à quatre kilomètres de la scène de crime, le visage ensanglanté.

Enfin, comme l’ont souligné les deux gendarmes en charge de l’enquête, la scène de crime porte « indéniablement la marque comportementale de Francis Heaulme ».

En ajoutant à cela sa personnalité psychopathique et son lourd passé criminel, il n’en a pas fallu davantage aux jurés pour attribuer à Heaulme la responsabilité des meurtres de Cyril et Alexandre.

Dans cette affaire où plus aucune preuve matérielle ne subsiste, l’intime conviction des jurés suffit-elle à écarter tout doute raisonnable quant à la culpabilité de Heaulme ? Rien n’est moins sûr…

A l’issue de l’audience, Heaulme a noté, de son écriture malhabile « faite apele de ma condamnation ». La voie vers un sixième procès semble donc toute tracée. Une nouvelle épreuve pour les familles des victimes qui, depuis plus de 30 ans, se battent pour la vérité...

Pourquoi faire appel alors que Heaulme a déjà été condamné par deux fois à la perpétuité dans le passé ? Seul lui peut le savoir.

Toujours est-il que dans cette affaire, rien ne s’est passé normalement et un enième rebondissement n’est pas à exclure… « Je ne dis pas qu'il n'est pas coupable, je dis qu'on ne m'a pas prouvé qu'il l'était » a d’ailleurs conclu le père d'Alexandre, Serge Beckrich, à la fin du procès.

 

 

 

 

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