Véronique Teyssandier, présidente de "Parler en paix".

Véronique Teyssandier, présidente de "Parler en paix".

 

Présidée par Véronique Teyssandier depuis 2013, l’association « Parler en paix » met un point d’honneur à créer des ponts entre langues et cultures arabes et hébraïques. Elle s’est vu attribuer le « Trophée du vivre ensemble » en 2015.

 

  • J.G. : Comment est née l’association ?

L’association est née en 2004. Lors d’un Salon des initiatives pour la paix, à La Villette, une professeure d’hébreu  et un professeur d’arabe se sont rencontrés. C’était une période de fortes tensions communautaires au Moyen-Orient. Les deux enseignants ont donc eu l’idée de créer un lieu d’échange et de découverte de l’autre,  où l’on puisse apprendre les deux langues, et qui ne soit ni politique, ni religieux.

  • Concrètement, quelles activités proposez-vous aux adhérents ?

L’aspect le plus important est l’enseignement des langues. On propose des cours le mardi et le jeudi. Les adhérents arrivent à 19h. Ils font d’abord 1h15 d’arabe. S’ensuit une pause conviviale d’une demi-heure où tous les niveaux se retrouvent pour discuter, partager une spécialité culinaire. Puis c’est reparti pour 1h15 d’hébreu. Et on alterne : une semaine on commence par l’arabe, l’autre  par l’hébreu.

Apprendre une langue, c’est aussi, inévitablement, découvrir une culture. Nos adhérents reçoivent un bulletin culturel mensuel sur les différents évènements parisiens en lien avec les cultures arabes et juives dans leur pluralité. Films, pièces de théâtre, conférences… On y trouve de tout. Il est d’ailleurs possible de s’inscrire, pour 30 euros, au volet culturel sans suivre les cours de langues.

On propose aussi des voyages linguistiques (Israël, Palestine, Andalousie…), des week-ends intensifs à Chablis (Bourgogne).

  • Dans le contexte actuel, n’est-il pas trop difficile de faire de l’arabe et de l’hébreu sans parler religions ?

Je me suis posé la question… Mais ça marche ! L’association est laïque mais on peut très bien aborder la religion sous un aspect culturel. Lorsqu’il y a une fête religieuse, on peut expliquer son origine, c’est culturel ! Quand il y a de grandes fêtes juives ou musulmanes, on ne fait pas cours par respect.

Je suis athée et cela ne pose aucun problème. Je suis invitée pour Shabbat… En juin, on a fait un « Shamadan » (NDLR : contraction de Shabbat et Ramadan) chez deux profs marocains. C’est aussi une façon de se rassembler, de casser les préjugés et de faire des différences culturelles une richesse.

Deux fois par an, le prof d’arabe et le prof d’hébreu font cours ensemble… Encore une manière de construire un pont et de révéler les similitudes entre les deux langues et cultures.

  • Plus personnellement, qu’est-ce qui vous a poussé à vous investir dans l’association ?

Au départ, je voulais faire de l’arabe par rapport à la calligraphie. Un jour, j’ai lu un article fascinant sur « Parler en paix », sur le rapprochement des cultures par l’apprentissage conjoint de l’arabe et de l’hébreu. J’ai fini par me rendre à une réunion d’information… Je n’ai plus quitté l’association depuis.

Des gens qui ne se seraient jamais parlés autrement ont l’occasion de se rencontrer ici. C’est formidable.

L’association m’a aussi permise d’abattre certains de mes préjugés. On pense toujours ne pas en avoir… mais c’est faux.

  • Intervenez-vous en dehors de l’enceinte associative ?

Parfois. En mars dernier, nous avons été conviés au premier festival international judéo-arabe de Molenbeek en Belgique (festival « Esther et Shéhérazade »). Deux de nos professeurs y ont animé un atelier.

Une professeure d’Histoire-géo nous a aussi demandé d’intervenir dans le cadre de l’enseignement moral et civique pour parler du travail associatif. On aimerait d’ailleurs intervenir plus souvent dans les écoles... L’appel est lancé. Faire venir des personnes extérieures pour parler du « vivre-ensemble » aux élèves est une excellente chose. Il ne s’agit pas de faire un « cours spécial ‘vivre ensemble’ », mais plutôt de discuter, de débattre et d’éveiller les consciences de nos jeunes interlocuteurs.

Pour l’instant, l’association est basée à Paris mais l’on reçoit des sollicitations d’un peu partout (Toulouse, Lyon, Marseille…  Molenbeek). L’idée d’exporter notre concept dans d’autres villes n’est donc pas exclue, bien au contraire...

  • Les attentats de ces dernières années ont-ils eu des répercussions sur l’association ?

Ces évènements confortent nos adhérents dans la conviction que, plus que jamais, ce que l’on fait est fondamental pour lutter contre les clichés sur l’islam, le judaïsme. Ces drames engendrent un regain d’engagements citoyens. Les gens se disent qu’il est important de se mobiliser face à la barbarie et que la meilleure façon de lutter est d’avancer main dans la main.

Propos recueillis par Jonas GUINFOLLEAU

Article publié sur le site lecourrierdelatlas.com

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