La très sympathique famille Margarian vit aujourd'hui à Clessé, et s'y sent bien.

La très sympathique famille Margarian vit aujourd'hui à Clessé, et s'y sent bien.

A la campagne, l’arrivée de migrants est un véritable événement. Depuis le 3 mars, une famille arménienne a élu domicile à Clessé, dans les Deux-Sèvres. Quel accueil leur a été réservé, et comment se passe leur intégration ?       Par Jonas Guinfolleau

 

Dans le petit village de Clessé, en Nouvelle-Aquitaine, une famille arménienne en exil, les Margarian, ouvre volontiers la porte de sa nouvelle maison.

Assis sur leur canapé, ils se confient. “J’ai quitté l’Arménie en 1991, pendant la guerre du Haut-Karabagh, pour m’installer en Russie”, explique Robert, le père. “Je l’ai rejoint avec nos enfants l’année suivante” poursuit Lala, la mère. En Russie, ils tiennent un commerce. Mais, victimes de harcèlements de la part de la mafia locale, les voilà contraints de fuir à nouveau. Il en va de leur survie.

Cela fait maintenant deux ans que leur vie est en France. “On s’est fait des amis. On a appris le français”, se réjouit Vakhtang, l’aîné de la fratrie.

Après Poitiers, Thouars et Niort, la famille occupe désormais un logement dans cette petite bourgade de 950 âmes. Les Margarian s’y sentent bien. “Les gens sont gentils. On a des visites presque tous les jours”, souligne Lala. Certains viennent faire connaissance ou discuter du beau temps, d’autres demandent des conseils de jardinage. Car les Margarian ont la main verte et leur magnifique potager ne passe pas inaperçu. Un bon accueil qui ne semble souffrir d’aucune contestation… en apparences.

 

Le magnifique jardin des Margarian.

Le magnifique jardin des Margarian.

Mais, à chaque histoire, deux sons de cloches… A quelques pas de l'Eden, au café du coin, les langues se délient. “Avant qu’ils arrivent, certains habitants avaient peur. Ils ne savaient pas à quoi s’attendre”, assure Sylvain, le tenancier du bar. “Pas de racisme décomplexé, mais plutôt une peur de l’inconnu, de l’étranger, et quelques réticences…”, ajoute-t-il.

Une peur qui a laissé place à une certaine jalousie parfois. “C’est une famille discrète. Ils ont l’air gentils.”Oui, mais la mairie les aide beaucoup quand-même.”Nous, on travaille pour payer notre logement, alors que pour eux, c’est la commune qui paye.” Les réflexions fusent sur le zinc, dans toute leur diversité.

Car, comme le dit Vakhtang, “les gens ne comprennent pas pourquoi on ne travaille pas”. La raison est pourtant simple : ils n’en n’ont pas le droit ! Pas encore de titre de séjour et, sans ce précieux sésame, pas de contrat de travail… et une expulsion de territoire potentielle.

On espère vraiment obtenir le document rapidement pour avoir un emploi, louer une maison, payer nos factures et vivre ici comme tout le monde”, se défend le jeune homme qui, comme le reste de la famille, est “prêt à accepter n’importe quel travail”.

En attendant, les Margarian ne chôment pas. “Depuis notre arrivée en France, on fait du bénévolat aux Restos du cœur, au Secours populaire, au Secours catholique, chez Emmaüs. Je suis aussi animatrice périscolaire bénévole à Clessé”, précise Silva, la cadette de 26 ans. Economiste de formation, elle est d’ailleurs particulièrement appréciée des élèves et de leurs parents. “Elle est trop sympa Silva !”, lance Gaspard, un écolier du village.

Aujourd’hui, même si quelques rares habitants ne voient pas d’un très bon œil l’aide que leur apporte la mairie, la grande majorité se réjouit de compter les Margarian au sein de la commune. Reste désormais à savoir si le titre de séjour leur sera enfin accordé. Bon nombre de Clesséens l’espèrent et se disent prêts à agir pour contester la décision en cas de refus.

 

Article publié dans le magazine "Le Courrier de l'Atlas", numéro 118, octobre 2017.

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